Quand la chasse aux propos racistes va trop loin



Plusieurs personnalités blanches se sont vues reprocher l’emploi d’un vocabulaire offensant pour les Noirs ces derniers jours.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

L’acteur britannique Benedict Cumberbatch (Sherlock, 12 years a Slave) s’est excusé il y a quelques jours d’avoir prononcé l’expression ‘colored’ (de couleur) pour se référer à des acteurs non-blancs lors d’une émission américaine. Il y condamnait pourtant le manque d’égalité entre acteurs blancs et non-blancs en Grande Bretagne. Il s’était vu reprocher l’utilisation de cette expression considérée comme désuète, voire dégradante aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne par une association anti-raciste britannique, Show Racism the Red Card.

Non, pitié, je suis pas raciste....

Non, pitié, je suis pas raciste….

Bien que celle-ci ait apprécié les commentaires de Cumberbatch sur la diversité, l’association britannique l’a très poliment invité à faire attention à l’emploi de ce mot qu’il considère comme un mot désuet ayant le potentiel d’offenser.

Il y a quelques jours, le PDG de la marque de vêtements APC, le Français John Touitou a révélé le nom d’un de ses looks intitulé ‘Last Niggas in Paris’ (Littéralement ‘les derniers négros à Paris’) inspirée du nom de la chanson de son ex-collaborateur Kanye West ‘Niggas in Paris’ (‘Négros à Paris’). Ses propos n’ont pas plu et la marque Timberland a décidé de rompre sa collaboration avec APC. Le look incriminé comportant des chaussures Timberland, les responsables de cette marque ont déclaré ne pas vouloir être associés avec toute forme d’injures raciales. Ils ont aussi annulé leur collaboration prévue pour l’automne prochain.

Jean Touitou

Jean Touitou

Qu’en penser? Le cas de Cumberbatch est évidemment un lapsus malheureux. Personne n’est à l’abri d’un propos déplacé et celui de Cumberbatch en est un. En faisant preuve de bon sens, on se doute qu’il n’a pas voulu tenir des propos racistes, a fortiori lors d’une conversation télévisée où il condamnait la discrimination raciale. La réaction de Show Racism the Red Card qui ne l’a ni attaqué, ni cherché à le déstabiliser est à notre avis équilibrée.

Le cas de Jean Touitou est plus subtil. Touitou n’est pas américain, mais sa connaissance de la culture urbaine US l’a certainement fait connaître le fait que ‘nigga’ est un terme ne pouvant être utilisé par un non-Noir sous peine d’être perçu comme raciste. S’agirait-il d’une demi-provocation? Touitou est en effet familier avec les déclarations à la limite du politiquement correct, critiquant par exemple  la corruption dans les Fashion Week ou traitant les Chinois de ‘nouveau fascistes’ dans l’industrie de la mode. Touitou a en tous cas justifié son choix de mots a posteriori. Kanye West l’aurait validé lors d’une conversation entre les deux hommes. Une nouvelle fois, il est peu probable que le choix de Touitou soit le fait de son racisme. La preuve est qu’il a pas été attaqué par des associations anti-racistes mais abandonné par une marque, Timberland, qui a rompu leur contrat. Le but de cette dernière était vraisemblablement de ne pas perdre des clients noirs, plus vraisemblablement irrités par le fait qu’un Blanc s’approprie leur culture, que par le fait qu’il les ait injuriés. Touitou mérite t-il son sort? Touitou, même si son choix de mots avait été accepté par Kanye West, a du réaliser qu’il allait être controversé. Et en jouant avec le feu, on finit par se brûler.

Kanye West et Jean Touitou

Kanye West et Jean Touitou



Si ces deux emplois de termes déplacés concernant les Noirs sont selon nous appropriés, deux autres exemples de cas plus anciens nous montrent les limites de la dénonciation légitime et le début de la chasse aux sorcières.

Il y a dix ans, Alain Roche, un enseignant français et blanc du département de l’Isère demandait à un élève noir de se calmer en lui disant : « arrête de faire le singe ». Il fut condamné à 18 mois de mise à pied.

Il y a huit ans, le footballeur tchèque Milan Baros fut accusé de racisme en se pinçant le nez et en faisant le signe de se faire de l’air alors qu’il subissait le marquage d’un défenseur noir, le Camerounais Stéphane Mbia. Il fut condamné à trois matches de suspension.

Stéphane Mbia face à Milan Baros

Stéphane Mbia face à Milan Baros

Dans ces deux cas, on est en présence de l’utilisation de la langue française et du langage non-verbal universel. Un Blanc occidental est élevé pour ne pas employer les termes nigga ou négro ; il ne l’est pas pour ne pas dire « arrête de faire le singe ». Un Tchèque est probablement élevé pour ne pas dire ‘sale étranger’, mais pas pour ne pas faire le signe de se boucher le nez si il manque d’air. En disant à un élève noir d’arrêter de faire le singe ou en faisant signe qu’il ne peut pas respirer ou même que son adversaire noir sent mauvais, Alain Roche et Milan Baros sont victimes d’interdits politiquement corrects qui ne sont pas enseignés et auxquels ils n’ont probablement jamais pensé. Les condamner à ce propos est de ce fait ridicule et injuste.

En plus d’être ridicule et injuste, ce type de censure aveugle censé être anti-raciste a à mon avis l’effet inverse. En refusant de dire d’un Noir qu’il sent mauvais, de dire à un Noir qu’il est stupide si c’est le cas sous le prétexte que ce serait raciste, on empêche les gens de montrer que les Noirs sont comme les autres, avec des cons et des moins cons; des propres et des moins propres : en somme, le contraire de ce le racisme prétend.

A propos de l'auteur :

Sandro CAPO CHICHI

a écrit 548 articles sur NOFI.FR.

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