Abu al-Misk Kafur, ce Noir africain qui régna sur l’Egypte arabe au Moyen Âge



Abu al-Misk Kafur (mort en 968) était un esclave noir africain qui accéda à la tête de l’Egypte et d’une partie du Proche-Orient grâce à ses capacités militaires et de gouvernance.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Né entre 904 et 920 après le début de notre ère, probablement en Nubie au sud de l’Egypte ou en Ethiopie, Abu al-Misk Kafur est vendu comme esclave au Caire. Acheté par Muhammad Ibn Tughj al-Ikshid, le fondateur de la dynastie des Ikshid qui allait régner sur l’Egypte, originellement province égyptienne du caliphat abasside. Très vite, al-Ikshid, probablement impressionné par les qualités et la loyauté de Kafur entre temps devenu eunuque, lui confie la direction de l’éducation de ses fils puis la direction de ses troupes. Il dirige notamment les troupes ikshidides protégeant les intérêts de la dynastie en Palestine lorsque ceux-ci sont convoités par Saif al-Dawla, maître de la Syrie sous la dynastie des Hamdanides dans les années 940. Il défera à plusieurs autres reprises Saif, s’emparant et conservant le contrôle de la ville de Damas et matera une tentative de révolte de la part de Ghabun, le gouverneur de la Moyenne Egypte et de Nubiens au sud de l’Egypte. En 946, la mort d’Al-Ikshid verra Kafur hériter du gouvernement de l’Egypte dont il deviendra de fait le souverain régnant. Sa remarquable administration du pays et sa popularité le fera entrer en compétition avec Anujur, ce fils de Muhammad Ibn Tughj al-Ikshid dont il agissait comme régent. Lorsqu’Anujur tentera de se révolter en s’échappant, il mobilisera une armée composée de combattants noirs africains qui lui permettront de l’en empêcher et de le maintenir sous son autorité. Il soutiendra toutefois sa prise du pouvoir officielle en Egypte ainsi que celle de frère et successeur Ali. Son pouvoir sur l’Egypte restera officieux jusqu’à la mort d’Ali en 966, après laquelle il se déclarera seul souverain d’Egypte, utilisant le titre d’al-Ustadh ‘Maître’. Le règne de Kafur a été décrit dans la littérature comme le théâtre de nombreuses constructions, du soutien de nombreux artistes, des fastes qui allaient toutefois entraîner des mécontentements au sein de la population égyptienne. Kafur parvint toutefois à réguler l’économie égyptienne, lui faisant éviter l’inflation grâce à d’intelligentes mesures fiscales.

Ce n’est qu’après la mort de Kafur en 968 que la dynastie des Fatimides rêvant d’intégrer l’Egypte à leur territoire parvint à son but en 969. C’était la fin du règne de la dynastie des Ikshidides en Egypte à laquelle Kafur, l’un des premiers esclaves noirs à être arrivés au pouvoir d’un Etat d’une telle importance dans le monde arabe avait très largement contribué. Le nom de Kafur allait toutefois souvent être considéré dans l’histoire à travers la vision biaisée du poète al-Mutanabbi, considéré comme le plus grand poète arabe de l’histoire. Celui-ci, espérant obtenir un poste de gouverneur en Egypte de la part de Kafur avait composé de poèmes le louant lui et sa couleur de sa peau. Lorsqu’il se vit refuser ce poste, il déversa sa colère dans une campagne négrophobe de diffamation contre Kafur et contre l’Egypte, insultant notamment le premier d’ ‘esclave noir dont la lèvre inférieure fait la moitié de sa taille’ et la seconde de ‘risée du monde’ pour avoir Kafur comme souverain. Le changement d’opinion et l’opportunisme bien attesté du poète montre que cette critique était entièrement motivée par la jalousie et qu’elle n’entache en rien l’importance de ce personnage exceptionnel, dont les capacités l’ont promu du bas au sommet de l’échelle d’une société connue pour sa discrimination.



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Sandro CAPO CHICHI

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