Les religions africaines des Amériques



Au-delà du vodou haïtien, de la Santéria Cubaine ou du Candomblé brésilien, il existe, outre-Atlantique de nombreuses autres religions afro-diasporiques. Ces nouvelles religions développées en Amérique latine, aux Caraïbes et dans le sud des États-Unis dérivent des traditions religieuses africaines auxquelles se sont souvent mêlés des rites amérindiens ou européens.

Les religions africaines du « Nouveau Monde » sont principalement originaires d’Afrique de l’Ouest (ancien royaume du Dahomey, ethnie Yoruba, Ewe, Fon, Akan, etc.). À partir du XVII° siècle, les Africains déportés et réduits en esclavage, répandirent leurs croyances ancestrales aux Amériques. Ces traditions religieuses se retrouvent donc sous différentes formes à Cuba, à Haïti, au Brésil ou encore aux États-Unis, (notamment en Louisiane).

Ces religions afro-américaines partagent de nombreux points communs. En effet, la quasi-totalité d’entre elles impliquent la vénération des morts, et incluent une divinité créatrice avec un panthéon d’esprits divins tels que Orisha, Loa, Nkisi et Alusi, entre autres. En plus du syncrétisme religieux de ces différentes traditions africaines, beaucoup d’entre elles ont intégré des éléments appartenant aux diverses spiritualités amérindiennes ou provenant du christianisme.

En voici une liste non exhaustive.

Abakuá:

Abakuá est une confrérie initiatique secrète afro-cubaine, réservée aux hommes. C’est un puissant réseau d’entraide dont le culte est également pratiqué de manière sporadique aux Etats-Unis. Le terme cubain Abakuá fait directement référence à la région d’Abakpa, dans le Sud-est du Nigeria, où la société était très active. Cette association fraternelle connaissait sur le continent africain de nombreuses dénominations telles que : Ekpe, Egbo, Ngbe ou encore Ugbe.

Les premières confréries d’Abakuá furent fondées par les Africains en 1836 à La Havane. Cette société secrète est fortement implantée, encore de nos jours, dans la région de Matanzas (sur la rive nord de l’île) où la culture afro-cubaine est toujours dynamique.

Un dessin historique d'un Ñáñigo d'Abakuá

Un dessin historique d’un Ñáñigo d’Abakuá

Les membres d’Abakuá appelés Ñáñigos tirent leur croyance ainsi que leurs pratiques traditionnelles des esprits Igbo, Efik, Efut et Ibibio qui vivaient dans la forêt. Les Ñáñigos seraient capables de se transformer en léopards afin de traquer leurs ennemis. Durant l’esclavage, il pouvaient, dit-on, retourner les africains captifs contre les esclavagistes. L’Abakuá est souvent qualifié de franc-maçonnerie cubaine, à cause du secret qui entoure cette confrérie et de ses enseignement ésotériques.

Les devoirs d’un membre d’Abakuá envers ses frères Ñáñigos sont si grands, qu’il n’est pas rare d’entendre à Cuba des expressions telles que :

«L’amitié est une chose, Abakuá en est une autre.»

Vodou Cubain :

Vodou cubain, aussi connu sous le nom de Regla de Arará, est une religion syncrétique d’origine caribéenne développée dans l’Empire espagnol. Cette religion se compose de 3 branches :

  • la branche africaine, dont les esprits sont d’origine africaine (principalement issue de la spiritualité Fon et Ewe)
  • la branche indigène, dont les esprits sont d’origine amérindienne (principalement issue de la spiritualité Taíno)
  • la branche européenne, dont les esprits sont d’origine européenne (spiritualité espagnole).

Le Vodou Cubain est théologiquement très proche de son ancêtre du Royaume du Dahomey ainsi que de son cousin Haïtien. Cette tradition religieuse est principalement pratiquée en République Dominicaine, à Porto-Rico et aux Etats-Unis.

Kumina:

Kumina est une religion afro-jamaïcaine développée par certains immigrants originaires du Kongo venus travailler dans les plantations après l’abolition de l’esclavage. Cette spiritualité a pris racines dans la paroisse de St. Thomas, (extrémité du sud-est) où ces immigrants Kongo se sont établis.

Un groupe exclusivement féminin de Kumina de Port Morant dans la paroisse de St Thomas.

Un groupe exclusivement féminin de Kumina de Port Morant dans la paroisse de St Thomas.

Selon cette tradition religieuse, il existe plusieurs catégories de divinités: ceux liés à la terre et ceux liés aux cieux. Le Créateur Suprême de la Kumina est Oto King Zombi. Obei et Shango quant à eux sont des divinités de la Kumina liées au ciel. Les divinités liés à la Terre  sont souvent issus de l’Ancien Testament à l’instar de David, d’Ézéchiel, de Moïse, de Caïn ou de Shadrak. Les esprits ancestraux sont également importants dans cette religion afro-jamaïcaine.

Dans la Kumina, on désigne par le terme Zombi les divinités ancestrales. Ce terme provient du mot Kikongo « Nzambe« . Seule une personne ayant été possédée par un Zombi peut devenir un Zombi après sa mort. On prétend que les Zombi revenaient sur la terre pour présider les cérémonies et prendre possession des danseurs. Ceux n’ayant jamais été possédés par une divinité ancestrale, ne pouvaient pas revenir sur terre. Ils retournaient simplement à leur Créateur Oto King Zombi, sans aucune chance de revenir sur Terre.

Vodou louisiannais:

Le Vodou de Louisiane (ou de la Nouvelle-Orléans) se compose d’un ensemble d’éléments spirituels originaires de diverses traditions religieuses africaines. Cette religion afro-américaines fut développée par les Africains occidentaux déportés par la France, l’Espagne et les Etats-Unis. Malgré ses apports diverses, le Vodou louisiannais  s’enracine profondément dans le Vodun du Royaume du Dahomey. Sa langue liturgique est le créole de Louisiane.

Ce vodou s’est mêlé à la culture catholique francophone du sud de la Louisiane. Ce fut le résultat du métissage causé par la traite négrière de l’Atlantique. Il se distingue de ses frères haïtiens et sud-américains, par son utilisation régulière de gris-gris, de « poupées vodou », sa croyance en Li Grand Zombi et par le fait qu’il ait à sa tête une reine.

Angéla Basset incarnat Marie Lavau le reine Vodou de Louisiane dans "American Horror Story: Coven"

Angéla Basset incarnant Marie Laveau le reine Vodou de Louisiane dans « American Horror Story: Coven« 

Les reines Vodou exerçaient un grand pouvoir au sein de leur communauté. Elles organisaient de nombreuses cérémonies avec danses rituelles attirant des foules de milliers de personnes. Elles gagnaient souvent leur vie en fabriquant et en vendant des amulettes, des charmes et des potions magiques, ainsi que des sortilèges et autres services.

Les deux Marie Laveau, mère et fille, furent certainement les plus renommées d’entre toutes. Née en Louisiane en  1794 Marie Laveau fut un prêtresse Vodou emblématique. Sa fille, Marie Laveau II pratiquait aussi le Vodou (haïtien et louisiannais). Elle et sa mère eurent une grande influence sur la société multiraciale de Louisiane :

« En 1874, jusqu’à douze mille spectateurs blancs et noirs, se précipitaient sur les rives du lac Pontchartrain pour apercevoir Marie Laveau II qui exécutait ses rites légendaires sur la Saint-Jean ». 

Obeah:

Obeah fait référence aux pratiques religieuses développées par les africains de l’Ouest, notamment d’origine Igbo, déportés aux Amériques. L’Obeah est très proche d’autres religions africaines des Amériques tels que le Palo, le Vodou, la Santería, ou encore le Hoodoo. Cette tradition religieuse est pratiquée en Haïti, aux Bahamas, à la Barbade, au Belize, en Dominique, en Jamaïque, en Guyane, au Suriname, à Trinité-et-Tobago, dans d’autres pays des Caraïbes et même au pays de l’Oncle Sam, dans une moindre mesure.

Sur la base de données de l’Institut W.E.B Dubois, nombreux sont ceux qui pensent que l’Obeah provient des traditions appelées dibia ou obia (qui signifie « médecine » en Igbo). Les pratiquants de l’Obia étaient appelés Ndi Obia (« les gens d’Obia » en Igbo) s’adonnaient aux mêmes activités que les hommes et les femmes pratiquants l’Obeah des Caraïbes. C’est d’ailleurs dans les zones de la Caraïbe où les européens on déportés le plus d’africains originaires de la Baie du Biafra, à dominante ethnique Igbo, que la pratique de l’Obeah est la plus forte.

Dans certains cas, certains aspects de ces religions populaires ont survécu en se métissant et en intégrant un symbolisme « chrétien » introduit par les esclavagistes européens. Bien souvent ce symbolisme servait à dissimuler les véritables pratiques spirituelles africaines aux yeux des colons.

Palo:

Le Palo ou « Las Reglas de Congo« , est une religion pratiquée à Cuba parmi les africains déportés aux Amériques originaires de la région du Kongo. Il existe plusieurs branche du Palo :

  • le Mayombe
  • le Monte,
  • le Briyumba
  • le Kimbisa


Prêtre cubain de la religion Palo préparant une cérémonie.

Prêtre cubain de la religion Palo préparant une cérémonie.

Le terme «palo» (bâton en espagnol) a été donné à cette religion afro-cubaine du fait de l’utilisation de bâtons de bois dans la préparation des autels, appelés «la Nganga», «el caldero», «nkisi» ou « la prenda« . Les prêtres de Palo sont appelés «Paleros», « Tatas » (qui signifie hommes et pères en Kikongo )», « Yayas » (qui signifie femmes)» ou «Nganguleros». les initiés de cette spiritualité sont connus sous le nom de « ngueyos » ou « pino nuevo« .

L’Être suprême du panthéon Palo est Nzambi. Les Kimpungulu (Mpungu au singulier) sont des divinités de la nature enfermées dans des vases sacrés (Nkisi). Il existes d’autres divinités que l’on appel Nfuri-Ntoto (des divinités vagabondes), Bakulu ou Kinyula Nfuiri Ntoto (ancêtres divinisés), ainsi que Nfumbe (la divinité du nkisi).

Umbanda:

L’Umbanda est une religion afro-brésilienne qui mélange des traditions africaines au catholicisme, au spiritisme et aux croyances amérindiennes. L’Umbanda serait originaire de Rio de Janeiro et des régions environnantes. Cette spiritualité était principalement pratiquée parmi les pauvres descendants d’esclaves afro-brésiliens. De nos jours, l’Umbanda s’est répandue dans le sud du Brésil et dans les pays voisins comme l’Argentine et l’Uruguay.

Célébration d'un rite d'Umbunda

Célébration d’un rite d’Umbunda

Cette tradition religieuse a de nombreuses branches, chacune avec un ensemble différent de croyances et de pratiques. Cependant, il existe des croyances communes :

  • un créateur suprême connu sous le nom Olodumare.
  • des divinités appelées Orixás (la plupart d’entre eux mélangés à des saints catholiques).
  • des esprits des personnes décédées qui conseillent et guident les croyants dans le monde matériel
  • des médiums qui ont la capacité de transmettre les messages des d’Orixás et des esprits guidant
  • la réincarnation et l’évolution spirituelle
  • la pratique de la charité et de la fraternité sociale

Le côté obscur de l’Umbanda est la Quibanda, c’est-à-dire la magie noire. Elle est utilisée par ceux qui ont l’intention de causer du tort à autrui. Umbanda et Quimbanda sont désormais 2 religions distinctes.

Hoodoo:

Le Hoodoo est une spiritualité afro-américaine traditionnelle qui s’est développée à partir de plusieurs traditions et croyances spirituelles ouest-africaines. Le terme Hoodoo est issu de Hudu, qui est le nom d’une langue et d’une tribu Ewe du Togo et du Ghana.

Il s’agit en fait d’un mélange de pratiques religieuses originaires du Kongo, du Bénin/Togo, du Nigeria etc. Les esclaves du Sud-Est des Etats-Unis, connus sous le nom de Gullah, ainsi que ceux de Louisiane, jouissaient d’un isolement et d’une liberté relative leur permettant de conserver les pratiques de leurs ancêtres ouest-africains. A l’inverse, dans le Delta du Mississippi, où la concentration des esclaves était dense, le Hoodoo était pratiqué secrètement. Le Hoodoo s’est par la suite propagé à travers les États-Unis, lorsque les Afro-Américains quittèrent le Delta au cours de la Grande Migration post-esclavage.

Winti:

Le Winti est une religion traditionnelle afro-surinamaise qui s’est développée dans l’Empire colonial néerlandais. C’est un syncrétisme entre des croyances et pratiques religieuses des populations Akans, le christianisme et des croyances amérindiennes.

Cérémonie du Winti

Cérémonie du Winti

Le Winti repose sur 4 principes:

  • la croyance dans le créateur suprême appelée Anana Kedyaman Kedyanpon
  • la croyance en un panthéon de divinités appelé Winti
  • la vénération des ancêtres
  • la croyance dans les Ampuku, des esprits anthropomorphiques de la forêt

Selon C. Wooding, un pratiquant du Winti, cette religion pourrait être décrite comme :

« (…) une religion afro-américaine, dans laquelle la croyance en des êtres surnaturels personnifiés occupe une position centrale: ces êtres surnaturels personnifiés peuvent prendre possession d’une personne humaine, éteindre sa conscience, pour ainsi dire révéler des choses concernant le passé, le présent et le futur, ainsi que causer et/ou guérir des maladies de nature surnaturelle.« 

Comme indiqué plus haut, ceci n’est pas une liste exhaustive, en effet il existe encore de nombreuses religions africaines aux Amériques. C’est dernières sont étroitement liées aux précédentes, comme :

  • le Sanse de Porto-Rico (originaire du Dahomey)
  • le Comfa du Guyana (mélanges entre des croyance du Kongo, Akan ou encore Yoruba)

 Pour approfondir la question :

Abakuá :

  • Velez, Teresa Maria. Drumming for the Gods: The Life and Times of Felipe Garcia Villamil, Santero, Palero, and Abakua.

Kumina :

  • Murrell, Nathaniel Samuel. Afro-Caribbean Religions: An Introduction to Their Historical, Cultural, and Sacred Traditions

Vodou louisiannais :

  • « Haitian Immigration: 18th & 19th Centuries », In Motion: African American Migration Experience

Obeah:

  • Williams J, Voodoos and Obeahs: Phases of West Indian Witchcraft

A propos de l'auteur :

Makandal Speaks

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.

a écrit 141 articles sur NOFI.FR.

ou

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?

Inscrivez-vous à la newsletter NOFI

* Champs requis
Vous êtes

Faire un don pour NOFIPEDIA

Faites un don

Pub full screen

Recherche NOFI