Tiémoko Garan Kouyaté, militant anti-impérialiste mort dans un camp nazi

Tiémoko Garan Kouyaté


Tiémoko Garan Kouyaté (1902-1943) était un activiste anti-impérialiste ayant défendu la cause noire dans la France d’entre les deux guerres.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Débuts et origines

Tiémoko Garan Kouyaté naît le 27 avril 1902 à Ségou (actuel Mali). Il étudie à la prestigieuse école William Ponty sur l’Île de Gorée avant de travailler comme instituteur entre 1921 et 1923 en Côte d’Ivoire. Cette même année, il se rend en France métropolitaine où il fait partie des six premiers Africains à intégrer en tant qu’allocataire, l’Ecole Normale d’Aix-en-Provence. L’expérience tournera toutefois court. Kouyaté, déjà imbibé d’une conscience politique, est renvoyé de l’institution pour son comportement hostile à l’administration française et pour y avoir fait circuler de la propagande communiste.

A Paris

Plutôt que de retourner en Afrique, Tiémoko Garan Kouyaté s’installe à Paris où il travaille comme provisoirement comme comptable et où il suit des cours à l’Université de la Sorbonne. Bientôt, il rencontre de nombreux intellectuels africains et antillais et rejoint la Ligue de Défense de la Race Nègre. Après la mort de Lamine Senghor, il en devient le nouveau Secrétaire Général. Très vite, les activités de la LDRN sont l’objet de surveillance accrue de la part des autorités françaises. Kouyaté se félicitera de ce harcèlement qu’il jugera être un témoignage de l’importance de son combat. En 1932, après que l’association eût été officiellement démantelée, Kouyaté et ses autres membres importants créent une nouvelle association, l’Union des Travailleurs Nègres (UTN). L’idéologie de ces mouvements varie entre le panafricanisme, cherchant à unir tous les Noirs de Métropole et le communisme. Par ce biais, Kouyaté noue des relations avec des célèbres panafricains du monde entier comme le trinidadien George Padmore. Son engagement politique le voit aussi entrer en conflit avec des personnalités noires de Paris comme Blaise Diagne, qu’il dénonce comme un traître à la cause noire et un agent du colonialisme et Joséphine Baker qu’il accuse d’être une « Noire négrophobe » « comme il existe des Juifs antisémites ».  Refusant une carrière politique comme celle de Diagne, il invite les Noirs à rentrer dans leur pays pour y mener une propagande anti-coloniale. Cependant, Kouyaté est bientôt exclu du Parti Communiste Français et est chassé de l’UTN. En 1934, Kouyaté crée un autre mouvement appelé Solidarité Coloniale et dont l’objectif avoué est de se battre ‘pour la libération des peuples colonisés par l’impérialisme français’.



Entre temps, Tiémoko Garan Kouyaté avait dénoncé la perspective d’une seconde guerre mondiale et le rôle d’Etats racistes comme les Etats-Unis et l’Allemagne d’Hitler. C’est du bras armé de ce dernier qu’il décédera en 1943, après avoir été déporté au camp de concentration de Mauthausen en Autriche. Le souvenir de cet intellectuel et activiste travaillant pour l’unité et l’indépendance des victimes de l’impérialisme allait pourtant disparaître au fil des décennies, laissant l’impression au grand public de l’inexistence, dans la France métropolitaine qui l’avait précédé, d’Africains ayant combattu pour leur émancipation.

Références
Jennifer Anne Boittin / Colonial Metropolis
Anne Piriou / Itinéraires africains et histoire comparée des intellectuels

A propos de l'auteur :

Sandro CAPO CHICHI

a écrit 548 articles sur NOFI.FR.

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